À Cœur Défendu

Protéger le cœur de l’enfant.

Nommer ce qu’on lui interdit parfois de ressentir.

Défendre ce qui ne se voit pas toujours.

Un espace pour comprendre le conflit de loyauté, l’emprise et les violences invisibles qui peuvent traverser les séparations à haut conflit.

Témoignages

Divorce: « Madame doit reconstruire le lien avec ses enfants »

23 août 20263 min de lecture

Lors de notre première médiation que j'avais initiée, la médiatrice nous pose à chacun la même question :

« Est-ce que vous pensez que l’autre est un bon parent ? »

Elle commence par moi. Je réponds oui, sans hésitation. Je pense qu’il est un bon père, même si je suis déjà consciente qu’il commence à instrumentaliser les enfants dans notre conflit. Ma seule réserve est là : il doit parvenir à les préserver de ce qui se joue entre nous.

La même question lui est ensuite posée, il hésite longuement.

« Hmm… Je pense que c’est une assez bonne maman, mais bon… il faudrait quand même qu’elle reconstruise le lien avec ses enfants. »

Avec le recul, cet échange me paraît presque résumer ce qui va suivre. Dès les premières semaines de la séparation, une confusion apparaît entre l’appréciation de la femme et celle de la mère.

Notre couple va mal, j’ai repris des études exigeantes, je porte 95% de la charge mentale de la famille et je suis epuisée. Je suis probablement moins disponible pour mon mari qu’avant, la lassitude a pris le dessus et surtout, ses mots quotidiens, humiliants, vexants, m'interrogent.

Avec mes enfants, il n’y a pas de lien à reconstruire. Il est là, indéfectible.

Sur environ un an et demi, mes études m’ont amenée à m’absenter en moyenne moins de cinq jours par mois. En somme, le rythme d'un jeune cadre dans une entreprise internationale.

La phrase prononcée en médiation, « Madame doit reconstruire le lien avec ses enfants », se retrouvera ensuite, sous différentes formes, auprès de professionnels, dans des rapports, jusque dans le champ pédopsychiatrique.

À force d’être répétée, une appréciation peut finir par ressembler à un constat.

Personne ne consigne les mercredis au bord d’une piscine, les trajets jusqu’au tennis, les repas préparés avec amour, les rendez-vous pris, les nounous organisées ou les centaines de petites décisions qui permettent à une famille de fonctionner.

La charge mentale a cette particularité : lorsqu’elle est correctement assumée, elle devient presque invisible. En revanche, l’épuisement de celui qui la porte finit, lui, par se voir.

C’est là que le glissement peut devenir particulièrement cruel.

« Tu n’étais plus disponible pour moi » devient « tu n’étais plus disponible pour les enfants ». « Tu as repris tes études » devient « tu t’es éloignée de ta famille ».

La crise du couple devient alors une histoire sur la parentalité.

Or ce ne sont pas les mêmes choses.

On peut ne plus vouloir de son conjoint et continuer à reconnaître le père ou la mère qu’il reste pour les enfants. Le problème est que, dans une séparation conflictuelle, ce glissement peut ensuite quitter le couple et pour les professionnels qui entourent l'ex couple, il faut savoir distinguer un problème parental réellement observé de la circulation progressive d’un reproche conjugal.

La distinction devrait être assez simple : la rupture du couple amoureux n’est pas la rupture du couple parental.

On peut ne plus aimer une femme sans qu’elle cesse d’être une bonne mère. On peut être blessé par son conjoint sans que cette blessure dise quoi que ce soit de sa relation avec ses enfants. On peut lui reprocher ses choix, ses absences, son éloignement ou simplement la fin d’une histoire sans transformer ces reproches en jugement sur sa parentalité.

La femme dont on se sépare reste la mère de ses enfants. L’homme dont on se sépare reste leur père.

C’est cette frontière qu’il faut réussir à préserver; Lorsque la déception amoureuse commence à modifier le regard porté sur le parent, le conflit du couple risque progressivement de devenir celui des enfants.

On peut mettre fin à une histoire d’amour. On ne devrait pas, pour autant, réécrire l’histoire d’un parent avec ses enfants.

— À cœur défendu