À Cœur Défendu

Protéger le cœur de l’enfant.

Nommer ce qu’on lui interdit parfois de ressentir.

Défendre ce qui ne se voit pas toujours.

Un espace pour comprendre le conflit de loyauté, l’emprise et les violences invisibles qui peuvent traverser les séparations à haut conflit.

Définitions

Le conflit de loyauté

Le conflit de loyauté désigne la situation dans laquelle un enfant a le sentiment qu’aimer un parent revient à trahir l’autre.

14 juillet 20263 min de lecture
Le conflit de loyauté ACoeurdéfendu

Le conflit de loyauté désigne la situation dans laquelle un enfant a le sentiment qu’aimer un parent revient à trahir l’autre.

Il ne naît pas toujours d’une consigne explicite. Il peut s’installer à travers des questions répétées, des réactions émotionnelles, des silences, des critiques indirectes, des confidences d’adulte ou la peur de décevoir.

L’enfant comprend progressivement qu’il existe une bonne réponse à donner à chaque parent.

Il ne cherche pas nécessairement à mentir. Il cherche souvent à préserver son équilibre émotionnel et à maintenir sa place dans chacune de ses familles.

Une place impossible pour l’enfant

Dans une séparation conflictuelle, l’enfant peut être amené à occuper une place qui n’est pas la sienne.

Il devient messager.

Il transmet les demandes d’un parent à l’autre.

Il devient informateur.

On lui demande où l’autre parent se trouvait, avec qui, ce qu’il a dit ou ce qui s’est passé dans son logement.

Il devient confident.

Un parent lui parle de la procédure, des difficultés financières, des fautes supposées de l’autre ou de sa propre souffrance.

Il devient arbitre.

On lui demande qui a raison, chez qui il préfère vivre ou quelle version des faits il croit.

Cette implication de l’enfant dans la relation entre adultes est appelée triangulation.

La triangulation

La triangulation apparaît lorsqu’un enfant est introduit dans un conflit qui devrait rester entre les adultes.

Elle peut prendre des formes très visibles :

« Dis à ta mère que je ne suis pas d’accord. »

« Demande à ton père pourquoi il refuse. »

« Tu vois bien que maman exagère. »

Mais elle peut aussi être beaucoup plus subtile.

Un soupir lorsque l’enfant raconte un bon moment passé chez l’autre parent.

Un visage fermé lorsqu’il dit qu’il s’est amusé.

Une inquiétude excessive lorsqu’il doit repartir.

Une question posée plusieurs fois jusqu’à obtenir la réponse attendue.

L’enfant apprend alors à filtrer ses paroles.

Il peut cacher les bons moments vécus chez l’autre parent pour ne pas blesser.

Il peut exagérer les difficultés pour rassurer.

Il peut reprendre le discours d’un adulte pour préserver le lien dont il dépend.

L’histoire de la partition

Le conflit de loyauté peut parfois fonctionner comme une partition musicale.

L’enfant n’a pas nécessairement appris un texte mot pour mot.

Il a intégré une structure.

Quelques premières notes suffisent alors à faire revenir tout le morceau.

Une question.

Un mot.

Une référence à un événement.

Et l’enfant déroule immédiatement un récit construit, dans le même ordre, avec les mêmes expressions et parfois un vocabulaire étonnamment adulte.

Il peut dire :

« Elle est instable. »

« Il ne respecte pas le cadre. »

« Cette situation est toxique pour mon développement. »

« Elle instrumentalise les procédures. »

Ces mots ne prouvent pas, à eux seuls, une influence ou une manipulation.

Un enfant reprend naturellement des expressions entendues autour de lui.

Ce qui doit interpeller est l’accumulation : un discours figé, très structuré, toujours identique, sans nuances et que l’enfant peine à reformuler avec ses propres mots.

Quand la parole de l’enfant devient une parole empruntée

Une parole empruntée n’est pas nécessairement une parole fausse.

L’enfant peut sincèrement croire ce qu’il répète.

Il peut avoir intégré le récit d’un parent comme étant la version la plus sûre, la plus acceptable ou la moins dangereuse émotionnellement.

Il ne récite pas toujours consciemment.

Il peut parler avec les mots d’un adulte tout en exprimant une véritable peur de perdre son affection.

C’est ce qui rend ces situations particulièrement complexes.

La parole de l’enfant doit être entendue.

Mais elle doit aussi être replacée dans son âge, son environnement, la manière dont les questions lui ont été posées et le contexte général de la séparation.

Les signes qui doivent interpeller

Aucun signe isolé ne permet de conclure à un conflit de loyauté.

C’est la répétition, la durée et le contexte qui comptent.

Un rejet brutal et inexpliqué d’un parent peut interpeller.

Un discours qui change radicalement après un appel, une visite ou un séjour peut mériter d’être observé.

Un vocabulaire très juridique, psychologique ou administratif, sans capacité à expliquer les mots utilisés, peut constituer un signal.

L’enfant peut également montrer une forte culpabilité lorsqu’il s’amuse avec un parent.

Il peut demander l’autorisation implicite d’aimer l’autre.

Il peut surveiller les réactions de l’adulte avant de répondre.

Il peut sembler réciter un discours plutôt que raconter une expérience personnelle.

D’autres signes peuvent apparaître dans son comportement.

Troubles du sommeil.

Maux de ventre.

Régressions.

Hypervigilance.

Crises avant les transitions.

Besoin de protéger un parent.

Peur de raconter ce qui se passe dans l’autre domicile.

Sentiment qu’il doit choisir.

Un rejet ne doit jamais être interprété trop vite

Le refus de voir un parent peut avoir de nombreuses causes.

Une peur réelle.

Un événement précis.

Une difficulté de séparation.

Une transition mal vécue.

Une influence extérieure.

Un conflit de loyauté.

Une période développementale.

Une relation qui s’est effectivement dégradée.

Il est dangereux de conclure immédiatement que l’enfant est manipulé.

Il est tout aussi dangereux de considérer que son refus prouve automatiquement qu’une violence a eu lieu.

La bonne question n’est pas :

« Qui dit la vérité ? »

La bonne question est :

« Qu’est-ce que cet enfant vit, depuis quand, dans quel contexte et avec quelles conséquences ? »

Écouter sans interroger

Lorsqu’un enfant parle spontanément, il est important de l’accueillir sans chercher à lui faire confirmer une hypothèse.

On peut répondre :

« Merci de me l’avoir dit. »

« Tu as le droit de ressentir cela. »

« Tu n’as pas besoin de choisir entre nous. »

« Ce n’est pas à toi de régler les problèmes des adultes. »

Il est préférable d’éviter les questions suggestives :

« Papa t’a encore dit ça ? »

« Tu as peur d’aller chez maman, n’est-ce pas ? »

« Dis-moi tout ce qu’il s’est passé. »

Des interrogatoires répétés peuvent augmenter la pression, fragiliser la spontanéité de sa parole et le placer encore davantage au centre du conflit.

Documenter sans transformer l’enfant en preuve

Lorsque des inquiétudes existent, il est possible de noter les paroles spontanées de l’enfant.

La date.

Le contexte.

Les mots exacts.

La réaction observée.

Il est également utile de noter les changements de comportement avant et après certaines transitions, les incidents précis, les appels ou les informations transmises aux professionnels.

En revanche, l’enfant ne doit pas devenir enquêteur, messager ou pièce centrale du dossier.

Il ne devrait pas être filmé pour lui faire répéter une déclaration.

Il ne devrait pas être interrogé jusqu’à obtenir une réponse déterminée.

Il ne devrait pas être chargé de recueillir des informations dans l’autre foyer.

Protéger sa parole est plus important que l’utiliser.

Sortir l’enfant du conflit

L’un des moyens les plus puissants de protéger un enfant est de lui rendre sa liberté d’aimer.

Vous pouvez lui dire :

« Tu as le droit d’aimer papa et maman. »

« Tu peux passer un bon moment chez l’autre parent sans me faire de peine. »

« Tu n’as pas besoin de me raconter ce qui se passe là-bas. »

« Les décisions des adultes ne sont pas ta responsabilité. »

« Tu ne dois transmettre aucun message entre nous. »

Il est également possible de créer des cadres plus protecteurs.

Un canal écrit entre adultes.

Des passations neutres.

Des horaires précis.

L’interdiction de faire porter les messages aux enfants.

Un accompagnement thérapeutique.

L’intervention d’un tiers lorsque les échanges directs sont trop conflictuels.

Ce qu’il faut retenir

Le conflit de loyauté ne signifie pas nécessairement qu’un enfant est manipulé de manière consciente.

Il signifie qu’il ne se sent plus libre d’aimer, de penser ou de parler sans risquer de décevoir un parent.

La triangulation l’installe dans une fonction d’adulte.

La parole empruntée peut donner l’impression d’un discours parfaitement maîtrisé alors qu’elle traduit parfois une grande insécurité émotionnelle.

Aucun mot isolé ne permet de conclure.

Il faut observer la répétition, le contexte, l’âge de l’enfant, sa capacité à reformuler et les effets sur son comportement.

L’objectif ne doit jamais être de faire dire à l’enfant ce que l’on pense déjà.

Il doit être de lui rendre un espace dans lequel il peut redevenir un enfant, aimer sans choisir et parler sans protéger personne.

— À cœur défendu