Avant de faire de la garde alternée une norme, construisons enfin une véritable égalité.

Je crois profondément à l'égalité entre les femmes et les hommes. Je crois qu'un père est tout aussi capable qu'une mère d'élever un enfant. Je crois qu'un enfant a besoin de ses deux parents. Et je crois que la séparation est une rupture du lien amoureux et qu'il ne devrait jamais rompre le lien entre un enfant et l'un de ses parents.
C'est précisément parce que je défends ces valeurs que je m'interroge sur la volonté de faire de la garde alternée le point de départ des décisions judiciaires.
Non pas parce que je remets en cause la garde alternée. Mais parce que j'ai le sentiment que nous essayons de construire le toit d'une maison dont les fondations sont encore fragiles.
Aujourd'hui encore, notre société n'offre pas aux femmes et aux hommes les mêmes conditions pour exercer leur parentalité. Dans de nombreuses familles, ce sont encore les femmes qui interrompent ou réduisent leur activité professionnelle après la naissance des enfants. Non parce qu'elles le souhaitent toujours. Mais parce que les coûts de garde, les horaires scolaires, l'organisation du travail et les attentes de la société rendent souvent cette décision presque inévitable.
Nous continuons à demander aux femmes ce que nous ne demandons presque jamais aux hommes.
« Qui s'occupe des enfants si tu travailles à 100 % ? »
Et lorsque l'une d'elles quitte son bureau à 17 heures, combien de fois entend-elle, avec un sourire :
« Tu prends ton après-midi ? »
Cette remarque paraît anodine.
Elle ne l'est pas.
Elle révèle une culture dans laquelle la disponibilité permanente reste le modèle implicite du "bon salarié", tandis que la charge familiale continue de peser principalement sur les femmes.
À l'inverse, un père qui quitte plus tôt pour aller chercher ses enfants est encore souvent félicité pour son engagement.
Comme si la parentalité était exceptionnelle chez l'un et attendue chez l'autre.
Arrêtons également de considérer qu'une personne qui choisit de travailler à 80 % est moins ambitieuse, moins investie ou moins accomplie.
Le temps de travail ne mesure ni la valeur d'une personne, ni son engagement professionnel, ni la qualité du parent qu'elle est.
Certaines mères s'épanouissent dans une carrière à plein temps. D'autres préfèrent consacrer davantage de temps à leur famille. Certains hommes souhaitent eux aussi réduire leur activité pour être davantage présents auprès de leurs enfants.
Toutes ces trajectoires méritent le même respect.
Le véritable progrès ne consiste pas à pousser les femmes vers le modèle "masculin". Il consiste à permettre à chacun de choisir librement sa vie, sans être enfermé dans des stéréotypes.
Le jour où une femme pourra travailler à 100 % sans culpabiliser.
Le jour où un homme pourra travailler à 80 % sans être regardé comme moins ambitieux.
Le jour où les structures d'accueil permettront réellement aux deux parents de poursuivre leur carrière.
Le jour où les tâches domestiques seront naturellement partagées.
Alors, oui, nous pourrons dire que notre société est devenue véritablement égalitaire.
Et c'est précisément à ce moment-là que la garde alternée pour les parents qui se séparent prendra tout son sens.
Parce que la garde alternée n'est pas le moteur de l'égalité.
Elle en est l'aboutissement.
Vouloir faire de la garde alternée une norme sans avoir auparavant construit cette égalité, c'est prendre le problème à l'envers.
C'est demander aux familles de réparer, au moment de la séparation, des déséquilibres que notre société a parfois entretenus pendant des années.
Les enfants ne devraient jamais avoir à porter le poids de ces inégalités.
Avant de modifier le droit de la famille, interrogeons-nous sur les fondations de notre société.
Facilitons réellement l'accès aux modes de garde.
Rendons les horaires de travail compatibles avec une vie familiale.
Valorisons autant les pères qui s'investissent que les mères qui poursuivent leur carrière.
Permettons à chacun de choisir librement son équilibre de vie.
Parce qu'une maison solide ne commence jamais par le toit.
Elle commence toujours par des fondations.
Et si nous voulons que la garde alternée devienne, demain, une évidence pour la majorité des familles, alors construisons aujourd'hui la société qui la rendra réellement possible.
L'égalité ne se décrète pas dans un jugement de divorce.
Elle se construit, chaque jour, bien avant la séparation.
— À cœur défendu



