À Cœur Défendu

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Un espace pour comprendre le conflit de loyauté, l’emprise et les violences invisibles qui peuvent traverser les séparations à haut conflit.

Ce que dit la loi

L'emprise n'est pas un conflit

Ce que la Convention d'Istanbul dit de la médiation dans les situations de violences

12 juillet 20267 min de lecture

C'est probablement l'un des aspects les plus importants de la Convention, et pourtant l'un des moins connus. Pendant longtemps, les violences conjugales ont été abordées comme un simple conflit de couple. L'idée était que les deux personnes avaient leur part de responsabilité et qu'il suffisait de les faire dialoguer pour trouver un compromis. La Convention d'Istanbul rompt clairement avec cette approche. Elle rappelle qu'une situation de violences domestiques ne repose pas sur une égalité entre les deux personnes. Elle repose sur un déséquilibre de pouvoir. Lorsqu'une personne exerce une emprise, un contrôle coercitif ou des violences psychologiques, il n'existe plus de véritable négociation possible. L'une des personnes cherche à préserver sa sécurité. L'autre cherche à maintenir ou retrouver le contrôle. Ce n'est plus un conflit. C'est une relation de domination. ## Pourquoi la médiation est-elle généralement déconseillée ? La médiation est un outil extrêmement utile dans de nombreux conflits familiaux. Elle permet souvent de restaurer le dialogue et de construire des accords durables. Mais elle repose sur plusieurs conditions essentielles. Les deux personnes doivent pouvoir parler librement. Elles doivent pouvoir dire non. Elles doivent être en mesure de défendre leurs intérêts sans peur. Elles doivent disposer d'un pouvoir de négociation relativement équilibré. Or, l'emprise produit précisément l'inverse. La victime a souvent appris, parfois pendant des années, à anticiper les réactions de l'autre, à éviter les conflits, à céder pour retrouver un peu de calme. Même lorsque la séparation est engagée, ces mécanismes restent profondément ancrés. Dans ces conditions, un accord obtenu en médiation peut donner l'apparence d'un compromis alors qu'il reflète en réalité la poursuite du rapport de domination. La Convention d'Istanbul invite donc les États à faire preuve d'une grande prudence avant de proposer ou d'imposer une médiation dans les situations où des violences sont alléguées. ## Ce que dit précisément la Convention L'article 48 de la Convention d'Istanbul demande aux États de prendre les mesures nécessaires pour interdire les modes alternatifs obligatoires de résolution des conflits, y compris la médiation et la conciliation obligatoires, dans les affaires couvertes par la Convention. Le message est important. La Convention n'interdit pas toute médiation. Elle interdit qu'une victime soit contrainte de participer à une médiation lorsqu'il existe des violences. Cette nuance est essentielle. Certaines personnes souhaitent malgré tout recourir à une médiation, notamment lorsque les violences sont anciennes et que les deux parties sont correctement accompagnées. La Convention laisse cette possibilité. En revanche, elle considère qu'une médiation imposée peut exposer la victime à de nouvelles pressions et compromettre sa sécurité. ## Pourquoi cette règle est-elle si importante ? Parce que l'emprise est souvent invisible. À première vue, les deux personnes semblent capables de discuter. Le manipulateur apparaît calme, rationnel, conciliant. La victime, elle, peut sembler confuse, émotive ou contradictoire. Pour un professionnel qui ne connaît pas les mécanismes de l'emprise, la tentation est grande de rechercher un compromis entre deux positions qui paraissent équivalentes. Or elles ne le sont pas. La Convention rappelle que traiter une relation de domination comme un simple conflit revient à placer la victime dans une situation où elle devra à nouveau négocier avec la personne qui exerce son contrôle. C'est précisément ce qu'elle cherche à éviter. ## Et en Suisse ? En Suisse, la médiation familiale occupe une place importante et constitue souvent un excellent outil lorsque les parents sont en mesure de dialoguer dans un climat de respect mutuel. En revanche, lorsqu'il existe des indices sérieux de violences domestiques, d'emprise ou de contrôle coercitif, de nombreux professionnels recommandent de s'interroger avec prudence sur l'opportunité d'une médiation. Cette évaluation doit être réalisée au cas par cas. L'objectif n'est pas d'écarter systématiquement toute médiation, mais de vérifier si les conditions d'un dialogue libre et équilibré sont réellement réunies. Lorsque ce n'est pas le cas, d'autres modes d'accompagnement ou de décision peuvent être plus protecteurs.

Emprise pas un conflit

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