Pourquoi les procédures durent-elles si longtemps ?
Comprendre les délais de la justice lorsqu'on est victime de violences psychologiques

À savoir
Cet article explique pourquoi certaines procédures familiales ou pénales peuvent durer longtemps. Il ne cherche ni à justifier tous les délais ni à critiquer les magistrats. Son objectif est de comprendre les principes qui gouvernent la justice dans un État de droit.
« Si ce que je raconte est vrai, pourquoi la justice ne décide-t-elle pas tout de suite ? »
C'est probablement la question la plus difficile.
Lorsque l'on vit sous emprise, chaque semaine compte. Chaque échange est une nouvelle source d'angoisse. Chaque remise des enfants. Chaque audience. Chaque courrier. Chaque procédure. Pendant ce temps, le calendrier judiciaire semble avancer à un rythme incompréhensible.
On finit parfois par croire que la justice ne voit pas ce qui se passe. La réalité est plus complexe. La justice avance lentement non pas parce qu'elle considère que les violences sont sans importance, mais parce qu'elle doit prendre des décisions qui auront parfois des conséquences irréversibles.
Et pour cela, elle doit respecter des principes fondamentaux.
La justice ne protège pas seulement les victimes
C'est parfois difficile à entendre. Mais dans un État de droit, la justice protège aussi les personnes mises en cause. Pourquoi ? Parce que l'histoire a montré qu'une justice qui condamne sans preuve finit toujours par devenir une injustice. C'est la raison pour laquelle chaque personne bénéficie de droits fondamentaux. Le droit d'être entendue. Le droit de répondre. Le droit d'être assistée d'un avocat. Le droit de produire des preuves. Le droit de contester une décision. Ces garanties peuvent sembler frustrantes lorsque l'on est victime. Elles sont pourtant indispensables. Car elles protègent aussi chacun d'entre nous contre l'arbitraire.
La présomption d'innocence
C'est sans doute le principe le plus connu. En Suisse, comme dans la plupart des démocraties, une personne est présumée innocente tant que sa culpabilité n'a pas été légalement établie. Cela ne signifie pas que la parole de la victime est mise en doute. Cela signifie que la justice ne peut pas condamner quelqu'un uniquement parce qu'une accusation a été formulée. Elle doit vérifier. Comparer. Recouper. Analyser. C'est précisément ce travail qui prend du temps.
Les violences psychologiques sont rarement visibles immédiatement
Un hématome peut être photographié. Une fracture peut être constatée. Une violence psychologique fonctionne différemment. Elle se construit souvent pendant plusieurs années. Elle est faite de centaines de petits événements. Pris isolément, chacun paraît parfois banal. Le travail du magistrat consiste justement à comprendre si ces événements forment réellement un système de domination. Cette reconstruction demande du temps.
Les magistrats doivent vérifier les deux versions
Une audience n'est jamais uniquement destinée à écouter une victime. Elle permet aussi à l'autre partie de présenter sa version. Parfois, les deux récits sont totalement opposés. Le juge ne peut pas choisir immédiatement celui qui lui paraît le plus convaincant. Il doit chercher des éléments objectifs. Des documents. Des témoignages. Des expertises. Des pièces médicales. Des échanges. C'est cette vérification qui constitue le cœur du travail judiciaire.
Pourquoi les expertises prennent-elles autant de temps ?
Dans les affaires familiales, le juge ne dispose pas toujours des compétences nécessaires pour évaluer certaines situations. Il peut alors demander l'intervention de professionnels spécialisés. Psychologues. Psychiatres. Pédopsychiatres. Services de protection de l'enfance. Experts financiers. Leur mission n'est pas de décider. Elle consiste à éclairer le tribunal.
Une expertise sérieuse nécessite plusieurs entretiens. L'étude du dossier. Parfois des observations. Des échanges avec différents professionnels. La rédaction d'un rapport. Puis la possibilité pour les parties de formuler des observations. Cette étape peut prendre plusieurs mois. Elle est souvent frustrante. Mais elle permet aussi de limiter les décisions prises sur des impressions.
Lorsqu'il y a des enfants, la prudence est encore plus grande
Dans les procédures familiales, le juge ne cherche pas uniquement à résoudre un conflit entre adultes. Il doit aussi protéger les enfants. Et les conséquences d'une décision peuvent être considérables. Modifier une garde. Suspendre un droit de visite. Changer une école. Limiter l'autorité parentale. Toutes ces décisions demandent une analyse particulièrement approfondie. Le principe qui guide le tribunal est celui de l'intérêt supérieur de l'enfant, consacré tant par le droit suisse que par la Convention relative aux droits de l'enfant. Cette recherche du meilleur équilibre explique pourquoi certaines décisions ne sont pas prises dans l'urgence.
Pourquoi certaines victimes ont-elles l'impression que l'auteur « gagne du temps » ?
C'est une impression fréquente. Certaines procédures donnent le sentiment que chaque nouveau recours, chaque nouvelle demande de pièce ou chaque nouvelle expertise repousse encore la décision. Il est vrai que le droit permet à chaque partie d'exercer ses droits de procédure. Ces droits existent pour protéger toutes les personnes concernées. Dans certains dossiers, leur utilisation peut aussi avoir pour effet de prolonger considérablement la procédure. Le juge doit alors trouver un équilibre délicat. Garantir les droits de chacun. Sans laisser la procédure devenir elle-même un outil de pression.
Les délais ne signifient pas que rien ne se passe
C'est un point important. Entre deux audiences, le dossier continue généralement d'avancer. Des pièces sont produites. Des observations sont déposées. Des rapports sont rédigés. Des auditions sont préparées. Des décisions intermédiaires peuvent être rendues. Beaucoup de ce travail reste invisible pour les parties. Cette impression d'immobilité est souvent l'une des plus éprouvantes de toute la procédure.
Que pouvez-vous faire pendant ce temps ?
Vous ne contrôlez pas le calendrier du tribunal. En revanche, vous pouvez agir sur plusieurs aspects.
Continuez à documenter les faits nouveaux.
Respectez les décisions déjà rendues.
Préservez votre crédibilité.
Conservez une chronologie à jour.
Prenez soin de votre santé.
Acceptez de demander de l'aide.
Une procédure longue ne doit pas devenir toute votre vie.
Les institutions progressent
La compréhension des violences psychologiques évolue. Les magistrats sont davantage formés. Les policiers aussi. Les centres LAVI se développent. Les connaissances scientifiques sur le contrôle coercitif progressent rapidement. Cela ne signifie pas que toutes les décisions seront parfaites. Mais cela signifie que les outils disponibles aujourd'hui sont plus nombreux qu'il y a dix ans.
Pourquoi il ne faut pas perdre espoir
Beaucoup de victimes vivent les premiers mois de procédure comme une succession de déceptions. Une audience reportée. Une expertise demandée. Une décision partielle. Un classement. Un recours. Puis une nouvelle audience. Il est tentant d'y voir un échec. Pourtant, les dossiers les plus complexes sont souvent ceux qui nécessitent le plus de temps pour devenir pleinement compréhensibles. Chaque pièce. Chaque rapport. Chaque décision intermédiaire. Chaque témoignage. Contribue progressivement à construire une vision d'ensemble.
Pour aller plus loin
Vous pouvez consulter :
- Le Code de procédure civile suisse.
- Le Code de procédure pénale.
- La Convention d'Istanbul.
- La Convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Ces textes expliquent les grands principes qui gouvernent les décisions rendues par les tribunaux.
Un message d'espoir
L'une des violences les plus difficiles à vivre est parfois celle du temps.
Attendre. Ne pas savoir. Avoir le sentiment que la vie est suspendue à une prochaine audience. Aucune loi ne peut supprimer complètement cette attente. Mais comprendre pourquoi elle existe permet parfois de lui donner un sens. Les magistrats ne cherchent pas seulement à rendre une décision rapide. Ils cherchent à rendre une décision juste. Et lorsqu'il s'agit de violences psychologiques ou de contrôle coercitif, cette recherche de justice demande souvent de rendre visible ce qui, pendant des années, est resté invisible. Votre histoire ne se résume pas au temps de la procédure. Pendant que la justice suit son cours, vous pouvez continuer à reconstruire votre vie, à protéger vos enfants, à vous entourer et à avancer. C'est souvent cette reconstruction, silencieuse mais profonde, qui devient la plus belle réponse à l'emprise.
— À cœur défendu



