Pourquoi je n’utiliserai pas le terme « pervers narcissique »

Parce que les faits protègent davantage que les étiquettes
L’expression « pervers narcissique » est aujourd’hui omniprésente dans la presse, sur les réseaux sociaux et dans les témoignages. Elle est utilisée pour décrire des relations toxiques, des séparations conflictuelles, des comportements manipulateurs ou des violences psychologiques. À force d’être employée dans des situations très différentes, elle a toutefois perdu une grande partie de sa précision.
Ce terme ne correspond pas à un diagnostic reconnu par les classifications internationales de référence, notamment le DSM-5 ou la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la Santé. Cela ne signifie évidemment pas que les mécanismes d’emprise, de manipulation ou de contrôle n’existent pas. Cela signifie simplement qu’il n’est ni prudent ni légitime de poser soi-même un diagnostic sur une personne, encore moins à distance et sans évaluation clinique.
Pourquoi cette étiquette peut desservir les victimes
Dire devant un magistrat, un policier ou un expert que son ancien conjoint est un « pervers narcissique » risque de déplacer le débat. L’attention ne porte plus sur les faits, mais sur une qualification psychologique difficile à établir. Cela peut donner l’impression que la victime cherche à diagnostiquer l’autre plutôt qu’à décrire ce qu’elle a subi.
Il est généralement beaucoup plus utile de parler de comportements concrets : surveillance, menaces, isolement, contrôle financier, harcèlement, intrusion dans la vie privée, multiplication des procédures ou instrumentalisation des enfants.
Dire :
« Il est pervers narcissique »
apporte peu d’informations vérifiables.
Dire :
« Il exigeait l’accès à ma localisation, consultait mes messages, contrôlait mes dépenses et continuait à me contacter malgré mes demandes d’arrêt »
permet immédiatement de comprendre la situation.
Revenir aux faits
Sur À Cœur Défendu, le choix est donc de parler de contrôle coercitif, d’emprise, de violences psychologiques, de harcèlement et de conflit de loyauté. Ces notions décrivent des mécanismes et des comportements qui peuvent être observés, documentés et, parfois, qualifiés juridiquement.
Une personne n’a d’ailleurs pas besoin de souffrir d’un trouble psychiatrique pour exercer des violences. À l’inverse, une personne présentant un trouble de la personnalité n’est pas nécessairement violente. Mélanger ces réalités entretient la confusion et contribue à stigmatiser inutilement les troubles psychiques.
L’objectif n’est pas de déterminer ce que l’autre « est », mais de décrire ce qu’il fait et les conséquences de ses comportements.
Les étiquettes peuvent parfois aider à mettre des mots sur une expérience. Devant les professionnels et les institutions, les faits restent cependant beaucoup plus solides.
Décrire précisément les comportements protège davantage que poser un diagnostic.
— À cœur défendu



