Pourquoi je n'utiliserai pas le terme « aliénation parentale »

Parce qu'il est préférable de décrire les mécanismes plutôt que d'utiliser une notion controversée
L'expression « aliénation parentale » est régulièrement utilisée dans les procédures familiales pour décrire le rejet d'un parent par un enfant. Pourtant, vous remarquerez qu'elle est quasiment absente d'À Cœur Défendu.
Là encore, ce n'est pas un oubli.
C'est un choix.
Une notion qui fait débat
Le syndrome d'aliénation parentale (SAP) a été proposé dans les années 1980 par le psychiatre américain Richard Gardner. Depuis, cette théorie fait l'objet de nombreuses controverses scientifiques, médicales et juridiques.
Le SAP n'est pas reconnu comme un diagnostic dans les classifications internationales de référence, telles que le DSM-5 ou la CIM-11.
Dans plusieurs pays, son utilisation est d'ailleurs discutée avec beaucoup de prudence, notamment parce qu'il a parfois été invoqué pour discréditer des allégations de violences intrafamiliales ou d'abus.
Les situations existent, mais les mots comptent
Refuser le terme « syndrome d'aliénation parentale » ne signifie pas nier la souffrance des familles.
Des enfants peuvent rejeter brutalement un parent.
Ils peuvent être pris dans un conflit de loyauté.
Ils peuvent être instrumentalisés.
Ils peuvent devenir les messagers des adultes ou se sentir obligés de choisir un camp.
Ces situations sont bien réelles.
En revanche, elles méritent d'être analysées avec des concepts aujourd'hui largement reconnus, comme le conflit de loyauté, la triangulation, l'instrumentalisation de l'enfant ou encore le contrôle coercitif lorsqu'il s'inscrit dans un contexte de violences post-séparation.
Revenir aux faits
Devant un juge, un expert ou un professionnel de l'enfance, il est souvent plus utile de décrire ce qui est observé que d'utiliser une étiquette.
L'enfant rapporte-t-il systématiquement les messages d'un parent ?
Semble-t-il culpabiliser lorsqu'il passe un bon moment avec l'autre ?
Utilise-t-il un vocabulaire d'adulte ?
Change-t-il brutalement de comportement après certaines transitions ?
Ces éléments peuvent être observés, documentés et analysés.
Ils permettent de comprendre la situation sans enfermer l'enfant ni les parents dans une théorie controversée.
Ce qu'À Cœur Défendu en retient
Les mots ont une importance.
Ils peuvent éclairer une situation ou, au contraire, déplacer le débat.
C'est pourquoi À Cœur Défendu préfère parler de conflit de loyauté, de triangulation, de parole empruntée ou d'instrumentalisation de l'enfant. Ces notions permettent de décrire des mécanismes observables tout en restant au plus près de ce que vivent les enfants.
Notre objectif n'est pas de poser un diagnostic. Il est de mieux comprendre les mécanismes qui empêchent un enfant de rester libre d'aimer ses deux parents.
— À cœur défendu



