À Cœur Défendu

Protéger le cœur de l’enfant.

Nommer ce qu’on lui interdit parfois de ressentir.

Défendre ce qui ne se voit pas toujours.

Un espace pour comprendre le conflit de loyauté, l’emprise et les violences invisibles qui peuvent traverser les séparations à haut conflit.

Témoignages

Vivre pendant la procédure

Reprendre sa vie avant que la justice ait fini de trancher

7 juillet 20264 min de lecture

Le témoignage

"Il m'a fallu environ deux ans pour intégrer pleinement ce que je viens d'écrire. Pendant les premiers mois, je vivais la procédure comme un bloc opaque qu'il fallait traverser au plus vite. Je m'épuisais à chaque écriture, à chaque audience, à chaque réception d'un nouveau pli recommandé. Je suspendais les projets, je remettais à plus tard, je vivais en attendant.

Le déclic a été progressif. Il s'est fait par paliers, à mesure que je comprenais que « plus tard » n'arriverait pas, ou en tout cas pas dans le calendrier que j'avais espéré. Le jour où j'ai accepté que la procédure pourrait durer encore plusieurs années, et que ces années seraient quand même ma vie, quelque chose s'est libéré. J'ai recommencé à dire oui à des invitations. À programmer des voyages. À rire. À lire des livres qui n'avaient rien à voir avec l'emprise. À avoir d'autres conversations.

Et, paradoxalement, c'est à partir de ce moment-là que j'ai été la plus efficace dans la procédure elle-même. Parce que j'arrivais à chaque échéance reposée, lucide, pas dévastée. Parce que les écritures que je préparais étaient mieux pensées, plus précises. Parce que j'avais retrouvé une distance qui me permettait de voir les manœuvres de l'autre pour ce qu'elles étaient, sans les surinvestir émotionnellement.

Vivre pendant que la procédure dure n'est pas une faiblesse. C'est, à mon sens, le plus grand acte de souveraineté que vous puissiez poser dans ce parcours. Vous reprenez votre vie là où il a essayé de l'arrêter."

Ce que ce témoignage révèle

L'attente peut devenir une seconde emprise. On repousse les projets jusqu'à l'audience, puis jusqu'au rapport, puis jusqu'à la décision suivante. La procédure finit par fixer le calendrier émotionnel de toute l'existence, même lorsqu'aucune échéance ne peut réellement garantir la fin du conflit. Recommencer à vivre n'est pas nier la gravité de la situation. C'est recréer des espaces où le dossier n'est pas le seul sujet, où le corps et l'esprit peuvent récupérer. Cette récupération améliore souvent la capacité à répondre aux moments importants : les décisions sont moins dictées par la panique, les écritures deviennent plus précises et les manœuvres adverses sont vues avec davantage de distance.

— À cœur défendu