L'alternance chaud-froid & son impact psychologique
Un mail accusateur à 22h, un SMS bienveillant à 9h30, un nouveau mail le soir, la mécanique de l'alternance

"Un soir, à 22h, j'ai reçu un mail de plusieurs paragraphes. Il m'accusait de harcèlement, remettait en cause mes capacités parentales, évoquait une plainte en cours, écrivait que sa famille était inquiète pour ma stabilité. J'ai mis deux heures à m'en remettre. Je n'ai pas dormi de la nuit.
Le lendemain matin, à 9h30, un SMS : « Je passe à la boulangerie, tu veux que je te rapporte un café au lait ? »
Comme si rien ne s'était passé. Comme si les paragraphes de la veille avaient été écrits par quelqu'un d'autre.
Le soir, à 19h, un nouvel email : « Tes contradictions sont graves. »
Pendant des mois, j'ai essayé de comprendre ce qui se passait dans ces vingt-quatre heures, ces trente-six heures, ces semaines où la tonalité bougeait dans tous les sens. J'ai cherché ce que j'avais fait pour déclencher tel virage. J'ai relu les échanges, j'ai cherché ma faute. Il n'y avait pas de logique. Il n'y avait que l'alternance elle-même, qui était la mécanique.
Le jour où mon thérapeute a nommé la chose
Le jour où mon thérapeute m'a expliqué ce qu'était le conditionnement intermittent, j'ai compris que ce n'était pas moi qui ne comprenais pas. C'était la mécanique elle-même qui était conçue pour ne pas être comprise. Le système nerveux humain est conçu pour s'adapter à un environnement stable. Face à un agresseur constamment agressif, on installe une protection. Face à un environnement constamment cordial, on baisse la garde. Dans les deux cas, un équilibre. L'alternance imprévisible empêche cet équilibre. Chaque notification déclenche une décharge d'anxiété, parce qu'on ne sait pas si on va recevoir une attaque ou une banalité.
On ne peut pas se protéger durablement, parce que la protection priverait aussi des moments cordiaux qu'on attend. Cette mécanique reproduit les conditions du conditionnement intermittent décrit dans la psychologie comportementale, qui est précisément le mode le plus efficace pour maintenir un attachement chez celui qui le subit.
Ce que j'ai fait ensuite
J'ai cessé de chercher la logique. J'ai cessé de répondre aux messages, y compris aux messages cordiaux. Parce que répondre aux messages cordiaux, c'est confirmer que le canal reste ouvert quand il le décide. J'ai limité les échanges à un canal, et à un seul. Un email hebdomadaire pour l'organisation des enfants. Pas de SMS. Pas d'appels sauf urgence. Et progressivement, mon système nerveux a recommencé à fonctionner. Le processus a été long à se mettre en place. Mais chaque semaine où je tenais la règle, un peu de repos revenait et la mécanique perdait un peu de sa prise."
— À cœur défendu



