À Cœur Défendu

Protéger le cœur de l’enfant.

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Défendre ce qui ne se voit pas toujours.

Un espace pour comprendre le conflit de loyauté, l’emprise et les violences invisibles qui peuvent traverser les séparations à haut conflit.

Témoignages

"Et si j'étais le bourreau qu'il décrit?"

Quand le récit inverse les rôles avec une cohérence presque parfaite

27 juin 20265 min de lecture

Le témoignage

"Une nuit, à minuit passé, j'ai reçu un message de plusieurs paragraphes. Il m'y décrivait comme l'auteur d'un harcèlement systématique sur lui depuis le début de la séparation. Il évoquait des accusations fausses que je lui aurais portées. Il listait les manières par lesquelles, selon lui, j'aurais cherché à le détruire : avocats, famille, institutions, isolement professionnel. Il décrivait l'effet sur lui : une dépression, des idées sombres, une difficulté à travailler. Il concluait en se positionnant comme la victime véritable d'une situation que j'aurais, selon lui, orchestrée pour le détruire.

Ce message était très bien écrit. Cohérent. Émouvant si on n'avait pas les éléments réels. Et chaque ligne inversait à 180 degrés ce qui s'était réellement passé

J'ai lu ce message à minuit. J'ai pleuré pendant deux heures. Et puis, vers trois heures du matin, quelque chose s'est passé : je me suis demandé si il avait raison. Si peut-être j'étais effectivement le bourreau qu'il décrivait. Cet instant de doute, qui a duré peut-être trente secondes, m'a fait toucher du doigt quelque chose que j'avais lu mais pas encore éprouvé : ces récits sont conçus pour produire ce vacillement.

Le lendemain, j'ai transmis le message à mon avocate sans le commenter. Elle m'a rappelée et m'a dit, mot pour mot : « ce message est une œuvre. Il a été pensé pour vous faire douter. Vous n'avez pas à y répondre. C'est une pièce, c'est tout.

Je l'ai mis dans le dossier. Je n'ai pas répondu. Et un an plus tard, ce message versé en procédure a été lu par le juge non comme la preuve d'un harcèlement subi par lui, mais comme la preuve qu'il construisait des récits dans le but évident d'instrumentaliser la procédure. Le récit auto-victimaire qu'il avait écrit pour me détruire est devenu, par son propre excès, un élément à charge contre lui. "

Ce que ce témoignage révèle

Un récit inversé est d'autant plus déstabilisant qu'il est bien construit. Il reprend des mots familiers — harcèlement, souffrance, isolement, peur — et les réorganise de façon à placer l'auteur dans la position de la victime. La personne visée ne lutte alors plus seulement contre une accusation ; elle lutte contre le doute que cette accusation réveille en elle. La réaction la plus protectrice dans ce témoignage a été de ne pas répondre dans la nuit et de transmettre le message à une professionnelle extérieure. Ce tiers a restauré un cadre au moment où la fatigue et l'émotion rendaient toute analyse difficile. Un récit excessivement travaillé peut aussi finir par révéler sa fonction lorsqu'il est conservé, replacé dans la chronologie et comparé aux faits.

A retenir

Face à un long message qui inverse brutalement les rôles, la priorité n'est pas de réfuter chaque phrase immédiatement, mais de sortir de l'urgence, conserver la pièce et retrouver un regard extérieur.

— À cœur défendu