Une épée de Damoclès au dessus de la tête...
Quand le temps de la procédure devient lui-même une pression

Le témoignage
"Au moment de la séparation, j'ai déposé une requête en mesures protectrices de l'union conjugale. Mes demandes étaient classiques, presque modestes : garde alternée, partage par moitié des frais liés aux enfants, aucune contribution d'entretien entre nous puisque nos revenus étaient comparables. Je pensais que cette retenue, cette absence de prétention financière, serait perçue comme un signe de bonne foi et permettrait au juge de trancher rapidement.
En réponse, mon ex-mari a déposé une demande inverse. Il sollicitait une pension exorbitante, qui représentait près de quarante pour cent de mon revenu. Cette demande n'avait aucun fondement objectif, nous gagnions des salaires comparables, et il exerçait par ailleurs une activité dont les revenus étaient moins transparents que les miens, ce qui aurait dû jouer en sa défaveur dans le calcul. Mais la demande était là, déposée, instruite, à examiner.
Il a fallu dix-huit mois de procédure pour qu'un juge écarte cette prétention.
Pendant ces dix-huit mois, j'ai vécu sous une épée de Damoclès. La possibilité, même infime, qu'une telle pension soit prononcée pesait sur chacune de mes décisions financières, sur chaque projet, sur ma capacité à respirer. J'ai dépensé une énergie considérable à préparer mes pièces, à répondre aux écritures, à démontrer l'absence de fondement de la demande. Je me suis épuisée à un combat qui aurait dû être tranché en quelques mois.
Avec le recul, je comprends que la demande n'avait jamais été destinée à être gagnée. Elle avait été destinée à durer. À me faire vivre dix-huit mois dans l'angoisse. À me forcer à dépenser des heures d'avocate. À me faire intérioriser, au quotidien, la peur de l'amputation financière. Le but n'était pas la pension : c'était la procédure elle-même."
Ce qu'il faut en retenir
Le temps long n'est pas un accident, c'est une arme. Le manipulateur dépose des prétentions qu'il sait infondées parce que la procédure pour les écarter prendra des mois ou des années pendant lesquels vous serez sous tension. Comprendre cela, c'est commencer à ne plus subir.
Ce que ce témoignage révèle
Une demande judiciaire peut exercer une pression bien avant qu'un juge ne l'accepte ou ne la rejette. Pendant l'instruction, elle oblige à répondre, à réunir des pièces, à payer des honoraires et à vivre avec une hypothèse financière ou parentale inquiétante. Son effet concret commence donc le jour où elle est déposée. Le témoignage invite à séparer deux questions : la solidité juridique de la prétention et la charge émotionnelle qu'elle produit. Répondre sobrement aux seuls éléments nécessaires permet de ne pas offrir à chaque affirmation une place démesurée. Le temps de la justice reste long, mais il peut cesser d'occuper chaque journée lorsque la stratégie est organisée avec le conseil et que la vie n'est plus suspendue à chaque écriture adverse.
À retenir
Les avocats sont libres de fixer les prétentions avec leurs clients. Une prétention n'a pas besoin d'être gagnée pour épuiser. Reconnaître cet effet permet de répondre juridiquement sans laisser la procédure absorber toute la vie.
— À cœur défendu



