"Et si le chaos lui appartenait?"
Le moment où l'on cesse de porter le chaos de l'autre

Le témoignage
"Multiplication des messages, des procédures, du chaos, le jour où j'ai compris que sa désorganisation était son problème, pas le mien, j'ai commencé à respirer. Ses manœuvres ne disparaissaient pas, mais elles changeaient de nature à mes yeux. Elles devenaient des manifestations d'un mal-être qui le concernait, lui, et qui se dépensait, faute d'autre objet, sur moi.
Je pouvais alors, à mon échelle, choisir de ne plus servir d'objet. Pas en partant, la coparentalité m'en empêchait. Mais en retirant mon investissement émotionnel de chacune de ses manœuvres.
En les classant, en les documentant, en les transmettant à mon avocate, sans les laisser entrer en moi.
Voilà ce que je vous souhaite, à mesure que vous avancerez : que cette lucidité-là devienne la vôtre. Pas par sagesse spectaculaire. Par accumulation lente, comme tout ce qui compte. Et qu'un jour, peut-être plus tôt que vous ne le pensez, vous vous surpreniez à recevoir un de ses messages avec un sentiment qui n'est plus la peur ou la colère, mais une lassitude paisible : ah, voilà, encore.
Ce jour-là, l'asymétrie aura commencé à s'inverser. "
Ce que ce témoignage révèle
La séparation psychique ne coïncide pas toujours avec la séparation matérielle. En coparentalité, les messages, les demandes et les procédures continuent. Le basculement se produit lorsque la victime cesse de traiter chaque agitation de l'autre comme une urgence qui lui appartient. Cette distance ne signifie pas minimiser les risques ni renoncer à documenter. Elle consiste à déplacer le traitement : classer, transmettre, répondre si nécessaire, puis revenir à sa propre vie. L'autre peut continuer à produire du chaos, mais il ne détermine plus automatiquement l'état intérieur de la personne qui le reçoit. C'est une inversion silencieuse du rapport de force.
À retenir
On ne reprend pas toujours le pouvoir en empêchant l'autre d'agir ; on le reprend aussi en cessant de laisser chacune de ses actions organiser son monde intérieur.
— À cœur défendu



