À Cœur Défendu

Protéger le cœur de l’enfant.

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Défendre ce qui ne se voit pas toujours.

Un espace pour comprendre le conflit de loyauté, l’emprise et les violences invisibles qui peuvent traverser les séparations à haut conflit.

Définitions

DARVO : quand la personne mise en cause devient la victime

31 juillet 20263 min de lecture

Une personne signale un comportement qu'elle estime problématique. Elle décrit des faits. Elle demande une explication, la protection des enfants.

Quelques instants plus tard, la discussion a complètement changé de direction.

Les faits sont niés. Sa crédibilité est remise en cause. Puis la personne qu'elle mettait en cause affirme être, en réalité, la véritable victime.

Ce renversement porte un nom : DARVO.

Décrit par la psychologue américaine Jennifer J. Freyd, le DARVO n'est ni un diagnostic psychiatrique ni une qualification juridique. Il s'agit d'un mécanisme de communication observé dans certaines situations de violences interpersonnelles, qui permet de comprendre pourquoi les victimes ont parfois tant de difficultés à être entendues.

Que signifie DARVO ?

DARVO est l'acronyme de trois réactions successives :

Deny : nier les faits.

Attack : attaquer la personne qui les rapporte.

Reverse Victim and Offender : inverser les rôles entre la victime et l'auteur.

Autrement dit, la discussion ne porte plus sur le comportement initial. Elle porte désormais sur celui qui ose en parler.

Première étape : nier

Le premier réflexe consiste à contester les faits.

« Cela n'est jamais arrivé. », « Tu inventes. », « Tu exagères. », « Tu interprètes tout. »

Le déni peut être total. Il peut aussi être plus subtil : reconnaître une partie des faits tout en les minimisant.

Il faut toutefois rester prudent : contester une accusation ne constitue pas automatiquement un DARVO. Toute personne a le droit de présenter sa propre version des faits. Le mécanisme devient plus caractéristique lorsque le déni est immédiatement suivi d'une attaque contre la personne qui parle, puis d'un renversement des rôles.

Deuxième étape : attaquer

Une fois les faits niés, la discussion se déplace. On ne parle plus du comportement dénoncé, on parle de la personne qui le dénonce.

Elle serait instable, obsessionnelle, conflictuelle, manipulatrice, violente ou incapable de coopérer. L'attaque peut également viser sa vie professionnelle, sa crédibilité, sa santé mentale, ses compétences parentales, son intégrité.

Le sujet initial disparaît progressivement.

Troisième étape : inverser les rôles

La dernière étape consiste à affirmer que la véritable victime est désormais la personne mise en cause.

Elle expliquerait subir du harcèlement, des accusations mensongères, une campagne de dénigrement, une instrumentalisation de la justice ou une volonté de détruire sa réputation. La personne qui avait demandé de l'aide devient alors celle qui doit se défendre. Le comportement initial passe au second plan.

Pourquoi ce mécanisme est-il si efficace ?

Le DARVO fonctionne parce qu'il exploite un réflexe très humain.

Lorsque deux personnes s'accusent mutuellement, notre cerveau recherche spontanément une forme de symétrie. Nous avons tendance à penser : "La vérité se situe probablement entre les deux" ou "Ils sont certainement aussi responsables l'un que l'autre."

Or, dans certaines situations de contrôle coercitif ou de harcèlement, cette symétrie est précisément ce qui est recherché. L'objectif n'est pas nécessairement de convaincre que la victime ment. Il suffit parfois de créer suffisamment de confusion pour que les professionnels hésitent, que les procédures se prolongent et que les faits initiaux deviennent secondaires.

Le doute devient alors un outil de contrôle.

Le DARVO dans les procédures judiciaires

Le DARVO ne se limite pas aux échanges privés, il peut devenir une véritable stratégie procédurale.

Plusieurs associations spécialisées dans les violences conjugales, dont Women for Women France, attirent aujourd'hui l'attention sur ce phénomène dans les procédures civiles et pénales. L'objectif n'est pas toujours de gagner une procédure, il peut être de déplacer durablement le regard des institutions.

La victime passe alors une partie considérable de son temps à répondre aux accusations portées contre elle, pendant que les comportements qu'elle avait initialement dénoncés cessent d'être examinés.

Cette stratégie peut également contribuer à allonger les procédures, à mobiliser les ressources de la victime et à épuiser les professionnels confrontés à deux récits qui semblent désormais se répondre.

Le DARVO agit rarement seul

Le DARVO ne constitue généralement pas un mécanisme isolé.

Il s'inscrit souvent dans une stratégie plus globale de contrôle coercitif.

Il peut accompagner un contrôle administratif, un contrôle du temps, une surveillance numérique ou physique (stalking), une atteinte à la réputation, des procédures répétées , l'instrumentalisation des enfants ou encore un contrôle financier.

Pris séparément, chacun de ces comportements peut sembler anodin.

Ensemble, ils dessinent une stratégie cohérente visant à maintenir l'emprise après la séparation.

Reconnaître le DARVO pour mieux s'en protéger

L'intérêt de connaître le DARVO n'est pas de coller une étiquette à une personne. Il est de reconnaître le moment où la discussion cesse de porter sur les faits.

Lorsqu'un comportement précis est signalé, une question simple peut aider :

La réponse porte-t-elle sur le fait dénoncé... ou sur la personne qui l'a dénoncé ?

Cette distinction est essentielle, elle permet d'éviter d'être entraîné dans un débat sans fin sur sa propre personnalité.

Comment répondre ?

Face à un mécanisme de type DARVO, le réflexe est souvent de répondre à chaque accusation.

Cette stratégie est rarement efficace, elle conduit à abandonner le sujet initial.

Il est généralement plus utile de :

  • revenir systématiquement au fait précis qui a motivé la discussion,

  • séparer les nouveaux reproches de la demande initiale,

  • poser des questions concrètes appelant une réponse précise,

  • conserver les échanges complets plutôt que des extraits,

  • établir une chronologie des événements,

  • privilégier les faits vérifiables plutôt que les jugements de personnalité.

L'objectif n'est pas de convaincre à tout prix, il est d'empêcher que la discussion quitte définitivement son point de départ.

Ce qu'À Cœur Défendu en retient

Le DARVO ne permet pas, à lui seul, de démontrer qu'une personne est victime ou auteur de violences. Il constitue une grille de lecture, qui doit toujours être confrontée aux faits, aux preuves et à leur chronologie.

En revanche, reconnaître ce mécanisme permet de comprendre pourquoi certaines discussions deviennent soudainement impossibles.

Ce n'est plus le comportement dénoncé qui est examiné.

C'est la personne qui ose en parler.

Reconnaître le DARVO, c'est retrouver le fil de la conversation. C'est refuser que les accusations dirigées contre celui ou celle qui parle remplacent l'examen des faits qu'il ou elle a signalés. Ce n'est pas une manière de gagner un débat ; c'est une façon de préserver ce qui devrait toujours rester au centre d'une procédure : les faits, leur chronologie et leurs conséquences.

— À cœur défendu