Anne-Clotilde Ziégler

Certaines personnes font avancer le droit.
D'autres permettent de mieux comprendre ce que vivent les victimes.
Anne-Clotilde Ziégler appartient à cette seconde catégorie.
Psychothérapeute depuis plus de trente ans, elle consacre une grande partie de son travail aux mécanismes de l'emprise psychologique, de la manipulation et des violences invisibles. Son dernier ouvrage, Qu'est-ce que l'emprise ? Comprendre les mécanismes de prédation pour s'en prémunir, propose une synthèse claire et accessible de ces phénomènes, en s'appuyant sur son expérience clinique.
Une idée simple
L'une des grandes forces de son travail est de rappeler que l'emprise ne commence pas avec la violence.
Elle s'installe progressivement. Par petites touches.
Une remarque qui fait douter. Un contrôle présenté comme de l'inquiétude. Un isolement qui semble anodin. Une culpabilisation répétée.
Au fil du temps, la victime perd confiance en son propre jugement jusqu'à ne plus savoir ce qui est normal.
L'emprise est un processus.
C'est précisément ce qui la rend si difficile à identifier.
Ce qu'elle fait évoluer
Anne-Clotilde Ziégler contribue à faire évoluer le débat de manière intéressante.
Pendant longtemps, les discussions se concentraient sur la personnalité de l'auteur, souvent qualifié de « pervers narcissique ».
Elle invite au contraire à déplacer le regard.
La question n'est pas seulement : "Qui est cette personne ?"
La question devient : "Quels mécanismes met-elle en place et quelles conséquences ont-ils sur la victime ?"
Cette approche rejoint les travaux plus récents sur le contrôle coercitif, qui s'intéressent davantage aux comportements qu'aux étiquettes psychiatriques.
Un ouvrage qui remet de l'ordre dans les idées
J'ai particulièrement apprécié ce livre parce qu'il remet beaucoup de nuances dans un sujet souvent simplifié.
À une époque où les réseaux sociaux utilisent parfois les mots « pervers narcissique », « manipulation » ou « emprise » de manière interchangeable, Anne-Clotilde Ziégler prend le temps de distinguer les concepts.
Elle explique les différentes étapes de l'emprise, les mécanismes psychologiques qui expliquent pourquoi il est si difficile de partir, mais aussi les pistes de reconstruction après la relation.
Cette approche est précieuse.
Elle permet de comprendre sans caricaturer.
Pourquoi cette approche est importante
Comprendre l'emprise ne consiste pas à chercher un diagnostic.
Il s'agit de comprendre une dynamique relationnelle.
C'est une différence essentielle.
Devant un tribunal, ce ne sont pas les étiquettes qui comptent.
Ce sont les faits.
Les comportements.
Leur répétition.
Leurs conséquences.
Cette manière de raisonner est aujourd'hui celle que l'on retrouve de plus en plus dans les travaux scientifiques consacrés au contrôle coercitif.
Et en Suisse ?
Comme dans de nombreux pays, la notion d'emprise est de mieux en mieux connue des professionnels.
En revanche, elle reste parfois difficile à traduire juridiquement.
Le travail d'auteurs comme Anne-Clotilde Ziégler contribue justement à construire un langage commun entre les victimes, les thérapeutes, les avocats et les magistrats.
Mieux comprendre les mécanismes permet aussi de mieux les décrire.
Et des faits bien décrits sont souvent plus utiles qu'une qualification psychologique.
Ce que j'en retiens
Ce que j'apprécie dans le travail d'Anne-Clotilde Ziégler, c'est sa volonté constante de revenir à la compréhension des mécanismes.
Elle ne cherche pas à distribuer des diagnostics.
Elle aide les victimes à mettre des mots précis sur ce qu'elles ont vécu.
À mes yeux, cette précision est essentielle.
Parce qu'elle permet d'être mieux compris par les professionnels, mais aussi de retrouver progressivement confiance en son propre ressenti.
Ce qu'À Cœur Défendu en retient
Chez À Cœur Défendu, nous faisons le même choix.
Nous parlons d'emprise, de contrôle coercitif, de violences psychologiques et de comportements observables.
Nous parlons beaucoup moins des étiquettes.
Parce que ce sont les mécanismes qui permettent de comprendre.
Et ce sont les faits qui permettent d'agir.
— À cœur défendu



