À Cœur Défendu

Protéger le cœur de l’enfant.

Nommer ce qu’on lui interdit parfois de ressentir.

Défendre ce qui ne se voit pas toujours.

Un espace pour comprendre le conflit de loyauté, l’emprise et les violences invisibles qui peuvent traverser les séparations à haut conflit.

Regards

Andreea Gruev-Vintila

15 juillet 20263 min de lecture

Certaines personnes font évoluer les lois.

D'autres permettent de comprendre ce que les victimes vivent depuis longtemps sans parvenir à le nommer.

Andreea Gruev-Vintila fait partie de ces chercheuses qui ont profondément fait avancer la compréhension du contrôle coercitif dans le monde francophone.

Maîtresse de conférences HDR en psychologie sociale à l'Université Paris Nanterre, elle est aujourd'hui l'une des références francophones sur les violences conjugales et le contrôle coercitif. Son ouvrage Le contrôle coercitif : au cœur de la violence conjugale (2023) est devenu une référence pour les professionnels du droit, les psychologues et les associations.

Une idée simple

Pendant longtemps, les violences conjugales ont été analysées principalement à travers les coups. Andreea Gruev-Vintila propose de déplacer le regard.

La violence ne commence pas avec les coups.

Elle peut commencer bien avant.

Par l'isolement. Le contrôle. La surveillance. La privation d'autonomie. Les humiliations répétées. Les menaces.

Autrement dit, ce qui caractérise le contrôle coercitif n'est pas la gravité d'un acte isolé, mais l'installation progressive d'un système de domination.

Ce qu'elle fait évoluer

L'un des apports majeurs de ses travaux est de recentrer l'analyse sur les comportements de l'auteur plutôt que sur les réactions de la victime.

Elle explique notamment que la notion de contrôle coercitif permet d'objectiver des comportements observables : surveillance, isolement, contrôle économique, intimidation, utilisation des enfants ou multiplication des procédures.

Cette approche est particulièrement utile devant les tribunaux.

Elle permet de revenir aux faits plutôt que de chercher à qualifier la personnalité de l'auteur ou les réactions psychologiques de la victime.

Un ouvrage que je recommande

J'ai trouvé ce livre particulièrement éclairant. Il est à la fois rigoureux, accessible et très documenté. Il permet de comprendre pourquoi les victimes mettent parfois des années à identifier ce qu'elles vivent. Pourquoi elles ont tant de difficultés à partir. Pourquoi leur entourage ne comprend pas toujours.

Et surtout pourquoi il est si difficile de démontrer juridiquement des violences qui reposent rarement sur un événement unique.

C'est, à mon sens, un ouvrage incontournable pour toute personne qui souhaite comprendre les violences psychologiques au-delà des idées reçues.

Des podcasts qui rendent ces notions accessibles

Au-delà de ses publications scientifiques, Andreea Gruev-Vintila participe régulièrement à des conférences et à des podcasts destinés au grand public.

Je recommande notamment son entretien dans le podcast « Un poing c'est tout », dans lequel elle explique avec beaucoup de pédagogie ce qu'est le contrôle coercitif, pourquoi cette notion change profondément notre manière de comprendre les violences conjugales et comment elle commence à influencer les décisions de justice.

Ces interventions constituent une excellente porte d'entrée pour découvrir le sujet.

Pourquoi cette approche est importante

Le contrôle coercitif ne cherche pas à répondre à la question :

« Qui est cette personne ? »

Il cherche à répondre à une autre question.

« Que fait-elle concrètement pour priver progressivement l'autre de sa liberté ? »

Ce changement de perspective est fondamental. Il permet de décrire des faits. De construire des preuves. Et de mieux protéger les victimes.

Et en Suisse ?

La Suisse commence elle aussi à s'intéresser au contrôle coercitif.

Des parlementaires proposent aujourd'hui son intégration dans le droit, les formations se développent progressivement et plusieurs institutions commencent à utiliser cette grille de lecture.

Les travaux d'Andreea Gruev-Vintila constituent une ressource précieuse pour accompagner cette évolution.

Ils permettent de mieux comprendre ces mécanismes sans les réduire à une simple succession de conflits conjugaux.

Ce qu'À Cœur Défendu en retient

Chez À Cœur Défendu, nous faisons le choix de parler des comportements avant de parler des personnes.

Nous préférons décrire des faits plutôt que poser des étiquettes.

C'est précisément ce que permettent les travaux d'Andreea Gruev-Vintila : donner des mots justes à des violences longtemps restées invisibles, afin que les victimes soient mieux comprises, mieux accompagnées et, demain, mieux protégées.

— À cœur défendu